Ca ne devait être qu'un petit plaisir un peu nostalgique, une madeleine micro-ondée à la Wolfmother (sauf que Wolfmother c'est quand même très mauvais) : le type hurlait sans retenue comme le Robert Plant d' avant Led Zeppelin, brut de brut, un cousinage aussi avec Jack Bruce ou Stevie Winwood, vous voyez le genre. Le riff, une délicieuse resucée d'un vieux truc des Yardbirds, imitation pop de bouts de raga indiens (plus loin, ils sortiront carrément le sitar), et puis, mmmmh, il y avait ce refrain tombé du camion de Nuggets. Cette chanson irrésistible, entendue un soir à la radio, c'était All You Really Have to Do, et l'album, Workout Holiday, je l'ai acheté les yeux fermés. Mais dès les premières secondes du disque, on s'aperçoit que White Denim est bien autre chose qu'un simple pastiche de Cream et/ou de garage band 60's. Lancé à fond de train comme le premier groupe à grattes en The (Hives, Vines...) venu, White Denim martèle avec obstination un riff scolaire à cinq accords, OK, pas mal, mais on sent bien qu'ils auraient pu jouer strictement n'importe quoi d'autre à la place que ça sonnerait pareil. C'est d'ailleurs ce qu'ils finissent par faire au bout de deux minutes de cette agitation de série, en retournant comme un gant le petit gimmick guitaristique en question, et c'est toute la chanson qui s'en trouve chamboulée : la mélodie devient le rythme, le décor fait l'action, les petites breloques sonores, qui pendaient de façon un peu saugrenue aux guitares, passent d'un coup à l'avant plan. Voilà donc des types qui semblent n'avoir retenu du 1983 d' Axis : Bold as Love d'Hendrix que les soucoupes volantes du début, de 1983, les dix minutes de cris de mouettes, de Whole Lotta Love, tout, sauf la mythique intro de Page : relecture aussi aberrante que rafraîchissante du tournant 60's-70's, qui n'avait rien demandé. Mais on aurait tort de croire que les White Denim n'ont rien à foutre de leurs pop-songs, ou qu'ils les désossent par pure perversité : ils ont simplement une logique à eux, et si vous n'aimez pas leurs chansons, c'est que vous ne les avez pas assez entendues. "Qui souhaiterait qu'on change quoi que ce soit aux cinq riffs successifs du solo de Heartbreaker?", écrivait François Bon à propos de ce genre de trucs faits de bric et de broc, en 39 après Led Zeppelin II. Heartbreaker comme monument historique, pourquoi pas, aujourd'hui, le mariage de Love et Nicolas Peyrac sur IEIEI, pourquoi pas? Tout le disque paraît livré en vrac, mais rien n'est laissé au hasard : écouter par exemple, comme le riff de I Can Tell est savamment éclaté, un jet de guitare à gauche, un autre sur la droite, une brève morsure de 4 cordes (attention basse méchante!), deux notes de piano noyées dans un écho psyché piqué aux 13th Floor Elevators, autre influence probable du groupe. Ou comment le titre suivant, Mess Your Hair Up, chanson triple ou quadruple, se perd dans une transe quasi-technoïde, pour mieux repartir, sans qu'on sache trop comment, sur un couplet que n'auraient pas renié Fugazi ou Jesus Lizard - pour dire que l'horloge interne du groupe n'est pas restée bloquée en 1968. C'est Sonic Youth époque Daydream Nation, qui danse avec Creedence sur WDA, épopée instrumentale de pile trois minutes, la drôle de caisse claire 80's mêlée à des guitares sèches comme des machines à écrire de Look That Way at It, le sautillement post-punk de son frangin Don't Look That Way at It, ou les spectres de Zappa et Buckley (père ou fils selon vos références) se papouillant tranquillement sur un sommet de pop à l'anglaise (Sitting)... Partout, ces téléscopages, et la multiplication des plages instrumentales alambiquées, vers la fin du disque, ne fait que rendre plus précieuses et attachantes les quelques pépites mélodiques qui viennent se glisser entre, et qui ne devraient pas échapper aux amateurs de musique plus conventionnelle. L'unité du disque, évidente à l'écoute, vient sûrement du sourire sans ironie qui en traverse chaque morceau. Jubilation, pour ces drôles de jean's blancs, de monter leurs petits Lego psychédéliques, plaisir pour nous d'en contempler le vertigineux produit, en attendant d'entendre, un de ces jours peut-être, ce que peuvent bien donner ces zozos lorsqu'on les lâche sur une scène...



WHITE DENIM - Shake Shake Shake from ACIDBIRD on Vimeo.

White Denim (on tour): "IEIEI" Music Video. from birds-on-fire films on Vimeo.

White Denim at Hot Freaks! from erikhorn on Vimeo.